Dara Khosrowshahi : qui est le PDG d’Uber et comment façonne-t-il le VTC en France ?

⚡ TL;DR — Ce qu’il faut retenir en 30 secondes

  • Dara Khosrowshahi est PDG d’Uber depuis août 2017, après avoir redressé Expedia pendant 12 ans
  • Né en Iran en 1969, réfugié aux États-Unis à 9 ans, diplômé de l’université Brown en ingénierie
  • Il a transformé Uber d’une entreprise en crise profonde en un groupe rentable présent dans 70+ pays
  • En France, il a été auditionné par l’Assemblée nationale dans le cadre des « Uber Files » en 2023
  • Il pilote le virage vers les véhicules autonomes, un enjeu direct pour les chauffeurs VTC partenaires
  • Sa rémunération 2024 : 39,4 millions de dollars — fortune personnelle estimée à plus de 200 millions

Vous utilisez Uber ou travaillez avec la plateforme, mais vous ne savez pas qui se cache derrière les décisions qui impactent vos courses, vos commissions ou les règles du jeu en France ? C’est une question légitime — et la réponse est moins connue qu’on ne le pense. Dans cet article, nous allons retracer le parcours de Dara Khosrowshahi, l’homme qui dirige Uber depuis 2017 : ses origines, sa carrière, ses décisions clés, et surtout ce que sa vision signifie concrètement pour le secteur VTC en France. À la clé : une meilleure compréhension des forces qui structurent le marché sur lequel vous évoluez chaque jour. Commençons par le début — une histoire qui démarre à Téhéran, bien loin de San Francisco.

De Téhéran à l’Ivy League : des origines qui forment un caractère

Dara Khosrowshahi est né le 28 mai 1969 à Téhéran, dans une famille iranienne fortunée dont le conglomérat industriel couvre les secteurs pharmaceutique, chimique et de la distribution. Une enfance privilégiée, brutalement interrompue par la Révolution islamique de 1979. Il a 9 ans quand sa famille fuit l’Iran — un oncle vient d’être exécuté par le nouveau régime — laissant derrière elle maison, entreprise et confort.

Après un passage en France, la famille s’installe à Tarrytown, dans l’État de New York, hébergée chez un oncle. Cette expérience de l’exil marque profondément le futur dirigeant. Elle explique en grande partie son style de management : empathique, mesuré, tourné vers la reconstruction plutôt que la confrontation. Il sera d’ailleurs, tout au long de sa carrière, un défenseur actif de la cause des réfugiés dans le monde.

Académiquement, Khosrowshahi se révèle brillant. Il intègre l’université Brown — l’une des huit universités de la prestigieuse Ivy League — et obtient une licence en génie électronique en 1991. Cette double culture ingénierie-finance sera le socle d’une carrière bâtie à l’intersection des mondes technologique et économique.

Une ascension discrète mais méthodique : d’Allen & Company à Expedia

Après sa licence, Khosrowshahi débute comme analyste à Allen & Company, banque d’investissement new-yorkaise reconnue pour ses deals dans les médias et la tech. Il y monte jusqu’au poste de vice-président, se spécialisant dans les fusions-acquisitions du secteur aérien.

En 1998, il rejoint IAC (InterActiveCorp), le groupe média de Barry Diller, qui repère rapidement son potentiel. Lorsqu’IAC rachète Expedia en 2002, Khosrowshahi en devient directeur financier. Quand Expedia est introduite en bourse séparément en 2005, il en prend les rênes à 36 ans.

Pendant douze ans à la tête d’Expedia, il transforme l’agence de voyages en ligne en un empire mondial : rachats de Travelocity, Orbitz, HomeAway… La valeur boursière est multipliée par cinq. Ses collaborateurs l’apprécient au point qu’il figure parmi les PDG les mieux notés sur Glassdoor. Un profil rare : performant ET apprécié.

2017 : Uber en crise, Khosrowshahi en sauveur inattendu

En août 2017, Uber traverse la pire crise de son histoire. Son fondateur Travis Kalanick vient de démissionner sous pression des investisseurs, emporté par des mois de scandales : harcèlement sexuel institutionnalisé, culture interne toxique, logiciel « Greyball » conçu pour tromper les régulateurs, fuite massive de données touchant 57 millions d’utilisateurs.

Le conseil d’administration cherche un profil radicalement différent. C’est Daniel Ek, le fondateur de Spotify, qui convainc Khosrowshahi — initialement réticent — d’accepter le défi. Sa nomination surprend : on attendait un guerrier, on obtient un diplomate.

Il ne tarde pas à agir. Valeurs d’entreprise réécrites, gouvernance renforcée, suppression du « kill switch » (le logiciel permettant d’effacer les données à distance lors des perquisitions), ouverture du dialogue avec les syndicats et les régulateurs. Le message est clair : Uber tourne la page. En 2023, l’entreprise publie son premier bénéfice annuel complet — une performance que beaucoup jugeaient impossible.

Uber et la France : des « Uber Files » au dialogue social, une relation tumultueuse

La France occupe une place particulière dans le mandat de Khosrowshahi — et pas uniquement parce que sa famille y a transité après avoir quitté l’Iran.

En juillet 2022, le Consortium international de journalistes d’investigation (CIJI) publie les « Uber Files » : des milliers de documents internes révélant les méthodes de lobbying agressives utilisées par Uber sous l’ère Kalanick pour s’implanter en France entre 2013 et 2017, avec des échanges documentés impliquant Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie.

En mai 2023, Dara Khosrowshahi est auditionné en visioconférence par la commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale. Sa position est nette : « Je ne suis pas ici pour défendre nos erreurs passées. » Il affirme qu’Uber est passé d’une « ère de confrontation à une ère de collaboration », et insiste sur les réformes de gouvernance opérées depuis son arrivée.

Sur le statut des chauffeurs — sujet central pour tout le secteur VTC — il s’oppose fermement à la présomption de salariat envisagée par le Parlement européen, arguant que les chauffeurs « valorisent la flexibilité avant tout ». Une position contestée par plusieurs élus et associations de chauffeurs qui dénoncent la précarité du modèle indépendant. Ce débat influe directement sur les conditions dans lesquelles des dizaines de milliers de chauffeurs exercent leur activité en France. Pour mieux comprendre ce que cela représente financièrement au quotidien, notre article sur le chiffre d’affaires d’un chauffeur VTC détaille les chiffres concrets.

Sa stratégie pour Uber : rentabilité, diversification et véhicules autonomes

Quand Khosrowshahi prend les commandes, Uber perd des milliards chaque année. Sa feuille de route repose sur deux axes : rentabiliser le cœur de métier (les courses) et diversifier les sources de revenus.

Sous sa direction, Uber Eats devient un leader mondial de la livraison de repas, tandis qu’Uber Freight s’impose dans la logistique de marchandises. En 2024, la division Delivery dépasse les 20 milliards de dollars de réservations brutes. Le groupe est désormais structurellement rentable — une première dans son histoire.

Sa vision à long terme est encore plus radicale : les véhicules autonomes. Uber multiplie les partenariats avec Waymo, May Mobility ou encore Momenta (IA chinoise appliquée à la conduite). L’objectif affiché est de déployer des flottes autonomes à grande échelle dès 2026 dans plusieurs villes américaines. Khosrowshahi assume : « Si vous pensez planifier à cinq ans, vous vous mentez à vous-même » — mais la direction, elle, est clairement tracée.

Cette stratégie pousse également Uber à accélérer l’électrification de sa flotte, un enjeu qui s’articule directement avec les nouvelles contraintes des ZFE en Île-de-France — un sujet que nous détaillons dans notre guide sur l’interdiction Crit’Air 3 dans le Grand Paris. Le choix du véhicule devient ainsi stratégique : un point essentiel que nous avons traité dans notre comparatif des véhicules homologués pour les chauffeurs privés.

Profil de dirigeant : ce qui distingue Khosrowshahi dans le monde de la tech

Dara Khosrowshahi n’est pas un fondateur visionnaire au sens de Travis Kalanick ou d’Elon Musk. C’est un bâtisseur de durabilité, un réparateur de cultures d’entreprise défaillantes. Plusieurs traits le distinguent dans un secteur tech souvent marqué par l’arrogance.

Un style collaboratif rare dans la Silicon Valley. Là où son prédécesseur valorisait la confrontation systématique, Khosrowshahi privilégie le dialogue avec les régulateurs, les syndicats, voire les anciens adversaires comme les compagnies de taxi. Résultat : Uber est aujourd’hui partenaire d’acteurs qu’il combattait il y a dix ans.

Une prise de décision ancrée dans le court terme. Il consacre 70 % de son temps à des objectifs à moins de six mois, réservant les 30 % restants à la réflexion long terme. Une approche pragmatique qui contraste avec les grandes visions pluriannuelles souvent creuses du monde des startups.

Un engagement personnel sur les causes sociales. Réfugié lui-même à 9 ans, il soutient activement des organisations d’aide aux réfugiés et milite pour une meilleure intégration des populations déplacées dans le monde du travail.

Sa rémunération reflète ces succès : 39,4 millions de dollars en 2024, avec une fortune personnelle estimée à plus de 200 millions de dollars. Des chiffres qui contrastent avec la situation de nombreux chauffeurs partenaires — un écart qui alimente régulièrement le débat sur le partage de la valeur dans l’économie des plateformes.

Ce que la vision de Khosrowshahi signifie concrètement pour les chauffeurs VTC en France

Dara Khosrowshahi est une figure lointaine pour beaucoup de chauffeurs VTC qui exercent au quotidien à Paris, Lyon ou Marseille. Pourtant, ses décisions structurent directement leur environnement de travail :

  • Les commissions (25 % chez Uber) sont une décision de groupe pilotée depuis San Francisco
  • L’interdiction des véhicules diesel sur la plateforme depuis 2022 résulte de sa stratégie verte
  • Le tarif minimum garanti et les conditions ARPE s’inscrivent dans le cadre de négociations qu’il a lui-même engagées avec les pouvoirs publics français
  • L’arrivée progressive des véhicules autonomes redessine à moyen terme les perspectives du métier

Comprendre qui dirige Uber et avec quelle logique, c’est mieux anticiper les évolutions d’une plateforme qui représente encore 60 % du marché VTC en France.

Article rédigé en avril 2026 — Données susceptibles d’évoluer en fonction des résultats financiers trimestriels d’Uber et des évolutions réglementaires françaises et européennes.

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