Free Now (ex-Kapten, ex-Chauffeur-Privé) : de la startup parisienne au rachat par Lyft — toute l’histoire

⚡ TL;DR — Free Now / Lyft en 5 points

  • Free Now est l’héritière de Chauffeur-Privé, startup parisienne fondée en 2012 par Yan Hascoet — la réponse française à Uber.
  • Chauffeur-Privé → Kapten → Free Now : trois noms en huit ans, une seule plateforme rachetée par BMW et Daimler pour 200 millions d’euros en 2017.
  • En juillet 2025, Lyft finalise le rachat de Free Now pour 175 millions d’euros — sa première acquisition en Europe.
  • Free Now opère désormais dans 9 pays et plus de 180 villes européennes sous pavillon Lyft.
  • Pour les chauffeurs français, ce changement de propriétaire ouvre des perspectives — mais aussi des incertitudes sur l’évolution des commissions et des conditions.

Il existe une plateforme VTC dont peu d’utilisateurs français connaissent la véritable histoire — parce qu’elle a changé trois fois de nom en moins de dix ans, traversé deux rachats majeurs, et vient d’être intégrée à l’un des plus grands groupes de transport à la demande du monde. Free Now, aujourd’hui propriété de Lyft, est pourtant née à Paris en 2012 sous le nom de Chauffeur-Privé — une startup fondée par trois jeunes entrepreneurs français qui voulaient faire mieux qu’Uber, à la française.

Son histoire est un résumé saisissant des quinze dernières années du secteur VTC : disruption, course aux parts de marché, rachats stratégiques, changements de noms et désormais mondialisation. Et depuis juillet 2025, un nouveau chapitre s’ouvre avec l’entrée de Lyft en Europe via cette acquisition. Un événement qui concerne directement les chauffeurs qui utilisent Free Now en France.


Chauffeur-Privé : la startup parisienne qui voulait battre Uber avec élégance

L’histoire commence en mars 2012. Yan Hascoet, 29 ans, revient en France après deux ans chez McKinsey à Paris. Il a étudié à l’Université McGill de Montréal en génie mécanique, travaillé dans la stratégie, beaucoup voyagé. Et il constate une anomalie : Paris, capitale mondiale du tourisme, dispose d’une offre de transport privatif archaïque — pas d’application mobile, pas de tarif forfaitaire annoncé à l’avance, pas de programme de fidélité. Rien.

Avec deux associés — Omar Benmoussa et Othmane Bouhlal — il lance Chauffeur-Privé en mars 2012. La plateforme est la première en France à proposer des prix forfaitaires pour les VTC, confirmés avant la course, réservables via une application mobile sobre et élégante. Le positionnement est volontairement haut de gamme : chauffeurs en costume, véhicules premium, clientèle corporate.

La différence avec Uber est revendiquée : Chauffeur-Privé paie ses impôts en France, respecte la réglementation, ne pratique pas la tarification dynamique sauvage. L’élégance à la française comme argument commercial face au géant californien.

La croissance est rapide. En 2013, Hascoet remporte le Prix BFM Académie de l’entrepreneur de l’année. En deux ans, la plateforme compte 3 000 chauffeurs partenaires et 300 000 clients. Les revenus progressent de près de 5 % par semaine. Le chiffre d’affaires atteint 54,9 millions d’euros en 2016, puis 113 millions en 2017.


Le rachat par Daimler : 200 millions d’euros et une nouvelle ère

En décembre 2017, Daimler AG — le constructeur de Mercedes-Benz — rachète Chauffeur-Privé pour une valeur estimée à 200 millions d’euros. La logique est claire : les constructeurs automobiles voient arriver les services de mobilité partagée et les véhicules autonomes. Posséder une plateforme VTC bien établie, c’est ne pas rater la transition.

Pour Hascoet et ses associés, c’est la sortie attendue. Pour la plateforme, c’est le début d’une série de transformations qui va dérouter plus d’un observateur du secteur.

Premier changement de nom : Chauffeur-Privé devient Kapten (2019)

En février 2019, Daimler et BMW fusionnent leurs activités de mobilité dans une joint-venture commune. Chauffeur-Privé est rebaptisée Kapten. Hascoet explique le choix : le nom « Chauffeur Privé » créait une image tarifaire faussement élevée qui repoussait une clientèle plus large, et était impossible à prononcer correctement hors de France. Kapten sonne international, permet de viser Lisbonne, Genève et Londres.

Les résultats sont au rendez-vous : Kapten double ses courses entre 2018 et 2019, atteint 2 millions de clients en France et 22 000 chauffeurs partenaires. La commission de 20 % est légèrement inférieure à celle d’Uber.

Second changement : Kapten devient Free Now (2020)

En septembre 2020, nouveau changement. Kapten est absorbée dans Free Now, la plateforme de mobilité globale de la joint-venture BMW-Daimler. L’objectif : réunir sous une seule marque tous les services de mobilité du groupe — VTC, taxis, scooters, vélos — et proposer une application multimodale unifiée.

« Le marché des mobilités est arrivé à maturité plus tôt que prévu, ce qui a accéléré le calendrier », reconnaît Antoine Lieutaud, directeur général de Free Now France, avec une honnêteté rare dans le monde corporate.

Free Now hérite ainsi de l’ADN de plusieurs plateformes : Kapten (ex-Chauffeur-Privé) pour la France, MyTaxi pour l’Allemagne, Beat pour la Grèce et l’Espagne, Clever Taxis pour l’Irlande. Une fusion technique et culturelle complexe, menée en pleine période Covid.


Le troisième rachat : Lyft acquiert Free Now pour 175 millions d’euros (2025)

En avril 2025, une annonce surprend le secteur : Lyft, le rival américain d’Uber, signe un accord pour acquérir Free Now auprès de BMW et Mercedes-Benz Mobility pour 175 millions d’euros (environ 197 millions de dollars). L’opération est finalisée le 31 juillet 2025.

C’est la première acquisition de Lyft en Europe — et un coup stratégique majeur. Plutôt que de construire un réseau européen de zéro, Lyft accède en une transaction à une infrastructure opérationnelle dans 9 pays, plus de 150 villes, et une base de chauffeurs et d’utilisateurs établie. Le PDG de Lyft, David Risher, l’assume clairement : « Nous avons pour ambition de créer la meilleure plateforme de mobilité au monde, centrée sur le client, et notre entrée en Europe est une étape importante de notre croissance. »

Pour Lyft, ce rachat double presque son marché total accessible — de 150 milliards à plus de 300 milliards de trajets annuels potentiels. Il diversifie également ses sources de revenus, jusqu’ici concentrées à 100 % sur l’Amérique du Nord, face à un Uber déjà présent sur tous les continents.

Un prix modeste, un actif stratégique

À titre de comparaison, Uber avait proposé de racheter Free Now en 2020 pour 1 milliard d’euros — une offre refusée par les autorités de la concurrence. Cinq ans plus tard, Lyft l’obtient pour cinq fois moins. Free Now avait certes perdu en valorisation depuis 2020, mais restait rentable sur base EBITDA en 2024, avec plus d’un milliard d’euros de gross bookings annuels et une croissance de 13 % sur un an.

Ce qui s’est produit entre les deux offres ? La consolidation du marché autour d’Uber et Bolt, la sortie de plusieurs acteurs locaux, et une pression tarifaire qui a érodé les marges de Free Now. Lyft a saisi l’opportunité au bon moment.


Ce que le rachat change concrètement pour les chauffeurs Free Now en France

Lyft a été clair dans sa communication : pas de changements immédiats pour les chauffeurs et les passagers de Free Now. Thomas Zimmermann, PDG de Free Now, conserve son poste et continue de diriger les opérations européennes. Les directeurs généraux nationaux restent en place dans chaque pays.

Mais à moyen terme, plusieurs évolutions sont attendues ou probables :

  • Transparence accrue sur les revenus. Lyft s’est engagé à améliorer la transparence des bonus et des informations en temps réel sur les meilleurs créneaux de conduite — une des demandes récurrentes des chauffeurs européens.
  • Intégration des applications. À terme, les utilisateurs pourront basculer entre l’application Lyft (en Amérique du Nord) et Free Now (en Europe) de façon transparente. Pour les chauffeurs, cela pourrait signifier un accès à une clientèle internationale plus large, notamment les voyageurs américains de passage en France.
  • Harmonisation des conditions. Lyft est connu aux États-Unis pour des conditions perçues comme légèrement plus favorables aux chauffeurs qu’Uber — notamment sur les annulations et les taux de commission. Si ce modèle est appliqué en Europe, cela pourrait améliorer marginalement les conditions des chauffeurs Free Now.
  • Expansion géographique. Depuis le rachat, Free Now s’est déjà implantée dans 30 nouvelles villes européennes. En France, cela pourrait signifier une présence renforcée au-delà de Paris et des grandes métropoles.

Free Now dans le paysage VTC français en 2026 : quelle place réelle ?

Soyons honnêtes : en France, Free Now reste un acteur secondaire face à Uber et Bolt. La plateforme est surtout présente en Île-de-France, avec une clientèle corporate fidèle héritée de l’ère Chauffeur-Privé, mais un volume de courses nettement inférieur aux deux géants. Les chauffeurs qui utilisent Free Now le font généralement en complément d’Uber ou Bolt — pas comme source principale de revenus.

Ce que le rachat par Lyft change potentiellement sur ce point : Lyft a les moyens financiers et la motivation stratégique d’investir massivement en Europe pour gagner des parts de marché. Une guerre promotionnelle — bonus d’inscription pour les chauffeurs, réductions pour les passagers — n’est pas à exclure dans les 12 à 24 prochains mois. Ce serait une bonne nouvelle à court terme pour les chauffeurs qui rejoignent la plateforme tôt.

Notre comparatif complet des plateformes VTC disponibles en France en 2026 positionne Free Now par rapport à Uber, Bolt, Heetch et inDrive sur les critères qui comptent pour les chauffeurs : commissions, volume, conditions d’annulation et perspectives.


La boucle est bouclée : Lyft arrive en Europe via une startup française

Il y a une ironie savoureuse dans cette histoire. Logan Green et John Zimmer ont fondé Lyft en 2012 en voulant créer une alternative plus humaine à Uber — nous avons raconté leur parcours en détail dans notre article dédié. La même année, Yan Hascoet fondait Chauffeur-Privé à Paris avec la même ambition : proposer un VTC plus respectueux, plus transparent, plus ancré localement qu’Uber.

Treize ans plus tard, la plateforme américaine fondée par les deux Californiens a racheté l’héritière de la startup parisienne pour faire son entrée en Europe. Deux projets nés la même année, du même constat, des deux côtés de l’Atlantique — qui finissent par fusionner.

Pour les chauffeurs VTC français qui cherchent à diversifier leurs sources de revenus au-delà d’Uber et Bolt, Free Now by Lyft représente une option à surveiller de près dans les prochains mois. L’investissement de Lyft dans la plateforme et sa volonté de gagner des parts de marché en Europe pourraient créer des opportunités concrètes pour les premiers à se positionner.